Stefano Battaglia Solo

Stefano Battaglia, Piano Solo

Stefano Battaglia Solo

Première étape de la triologie sexuelle de Pabst, Abwege est un chef d'oeuvre, critique de l'institution occidentale du couple. Ennui, routine, désir d'évasion, sens de culpabilité; tous ces ingrédients s'entrecroisent pour former une histoire d'incompréhension quotidienne, un film bouleversant sur la normalité d'un amour trop étroit.
Stefano Battaglia, musicien et compositeur d'une finesse suggestive et raffinée, a créé une mise en musique personnelle, capable d'alterner et de superposer des moments d'atonalité à de magnifiques cellules mélodiques autoconclusives, des rythmes entêtants - échos des célèbres battements d'eyes wide shut, célébration contemporaine des thématiques en jeu dans ce film - à des ouvertures lyriques ou des improvisations radicales.
Musique employée dans sa forme expressive la plus pure, mais mêlée d'une sensibilité hors du commun, en mesure de déformer, d'interpréter, de contaminer et de restituer une synthèse personnelle convaincante, un voyage entre émotion et intellect, entre trahison et fidélité, en pleine harmonie avec ce qui se passe à l'écran. Pas seulement un commentaire, mais plutôt l'indication d'un second plan de lecture.
Voici certaines déclarations de Stefano Battaglia, interviewé avant de commencer la composition:

Comment penses-tu travailler sur le film?
J'aime penser à l'improvisation comme à une composition en temps réel. Ce n'est pas tant l'aspect expressif, gestuel de l'improvisation qui m'intéresse. Au contraire j'aime créer du récit, des thèmes, des oppositions. Ajouter, si cela est possible, des plans de lecture à la vision et au déroulement des images, évitant de me surexposer didascaliquement aux aspects émotivement plus évidents de la narration cinématographique. Pour l'instant, ne connaissant pas la trame et les détails, il me suffit de penser à l'Allemagne de cette période. Socialement, culturellement, et donc musicalement. Le tourment de la civilisation culturelle européenne dominante. Mais aussi la philosophie, le théâtre, Hindemith. Fascinant.

Es-tu stimulé par la pratique de la mise en musique?
Beaucoup, si elle est vécue comme voix dialogante, ou mieux encore comme un nouveau plan de communication, au delà des images. C'est comme si l'on décidait d'ajouter une voix ultérieure à une partition déjà compliquée. Dans ce cas précis, il est plus intéressant, étant donnée l'impossibilité de faire naître la chose PENDANT la réalisation du film, AVEC le film, d'essayer de créer une dimension autonome, nouvelle, pour chercher une unicité surprenante, un film nouveau avec des lumières et des détails nouveaux, des rythmes et des temps forts différents.

 

Abwege (Allemagne, 1928)
production Erda Film GmbH; réalisation Georg Wilhelm Pabst; scénario Frank Schulz, Adolf Lantz, Laszlo Wajda; photographie Theodor Spakuhl; mise en scène: Hans Sohnle, Otto Erdmann; avec: Brigitte Helm, Gustav Diessl, Jack Trevor, Hertha von Walther; 35 mm, 80'; première projection publique 9 mai 1928; provenance Museo Nazionale del Cinema/Fondazione Maria Adriana Prolo (restauré par Filmmuseum, Münchner StadtMuseum, München)

Synopsis
Robert Storner, avocat jeune et déjà affirmé, est marié avec Irene. Il aime sa femme et la pense satisfaite du confort dans lequel elle vit. La jeune femme au contraire s'ennuie, malheureuse, prisonnière de sa situation. Pour fuir la solitude, elle se lie d'amitié avec Liane, oisive et sensuelle, qui lui fait connaître un artiste: Walter. Ce dernier réalise furtivement le portrait d'Irene dans lequel elle entrevoit une expression d'elle-même qu'elle ne connaissait pas. Troublée, elle se rend compte de n'avoir jamais été comprise par son mari et décide de fuir avec Walter, déjà fou d'elle. Robert sent ce qui est en train de se produire et réussit à bloquer la fuite, en ramenant Irene à la maison. Laissée seule, elle rejoint cependant pendant la nuit Liane et son groupe d'amis dans un local : là se trouve également Walter, saoûl et désespéré. Les deux se disputent. Irene tente par la suite de se réconcilier, mais sans succès. Incapables de s'entendre, Irene et Robert divorcent. Mais une fois leur séparation légalement reconnue, l'espérance renaît : à la sortie de l'audience ils se prennent dans les bras l'un de l'autre, prêts à reconstruire leur relation.

 
Strade del cinema Comune di Aosta Fondazione CRT Regione Autonoma Valle d'Aosta Museo Nazionale del cinema