Marc Ribot + Fred Frith
Marc Ribot, Guitare - Fred Frith, Guitare
Il Fuoco pourrait être une histoire d'amour comme beaucoup d'autres, mais ce n'est pas tant le contenu de la narration qui attire l'attention, que la manière avec laquelle celle-ci fait place à une recherche formelle entièrement centrée sur l'allégorie et sur les significations symboliques. Environnement fertile pour deux musiciens qui ont fait de la guitare un instrument d'expérimentation, de recherche, certaines fois d'exaspération et presque de violence de l'esthétique musicale. Marc Ribot et Fred Frith se trouvent ensemble sur scène, après s'être déjà rencontrés par le passé, en particulier pour l'enregistrement du split de l'album «Sound of a Distant Episode». Il s'agit d'une rencontre entre deux des personnalités les plus originales de la scène musicale contemporaine. Bien que différents, les parcours personnels et professionnels des deux artistes ont pour dénominateurs communs la recherche dans le domaine de la guitare soliste et le contact avec la réalité musicale multiforme de New York. Fred Frith, polistrumentiste anglais, est l'un des fondateurs du groupe de rock avant-gardiste «Henry Cow». Sa recherche sur le potentiel offert par son instrument de prédilection, la guitare, se concrétise par un déménagement à New-York et avec l'enregistrement, dans la seconde moitié des années 70, de trois albums fruits de ses expérimentations harmoniques et de composition. Mais son talent musical l'a aussi conduit à s'essayer au clavier, au xylophone, au banjo, au saxophone, au violon, à la viole, jusqu'à adopter la basse dans la formation «Naked City» de John Zorn. Né en Amérique, Marc Ribot est au contraire un provocateur, un créateur de dissonances et de cacophonies sans lesquelles, cependant, certains des disques de Tom Waits («Mule Variations» surtout, mais aussi «Rain Dogs» et «Frank's gold years») et de Vincio Capossela (avec lequel il a aussi collaboré pour son dernier disque «Ovunque proteggi») ne seraient pas les mêmes. Adepte de l'expérimentation, Marc Ribot a collaboré, dans sa période plus innovatrice, avec John Zorn. Mais son répertoire de collaborations comprend aussi des noms tels que Don Byron, Arto Lindsay et l'Arkestra de Sun Ra, et au début des années 80, les «Lounge Lizards» de John Lurie.
Il Fuoco (Italie, 1915)
Réalisation: Giovanni Pastrone; scénario: Febo Mari; photographie: Segundo de Chòmon; avec: Pina Menichelli (la poétesse), Febo Mari (le peintre Mario Alberti); production: Itala Film, Turin; année: 1915; longueur originale: 1100m; première projection romaine: 29.4.1916. Données de la copie: 35mm, positif, triacide, couleur, 1035 m, didascalies italiennes.
Synopsis
Dans les roseaux sur le bord d'une rivière, un peintre naïf et une mystérieuse poétesse se rencontrent. A partir de là, l'homme ne sera plus jamais le même; la poétesse - aucun des deux personnages n'est jamais appelé par son nom - l'entraînera dans une relation passionnelle destinée à finir en cendres. Abandonné par sa maîtresse et ayant perdu l'inspiration, les attentions de sa vieille mère seront vaines; après avoir été repoussé publiquement par la femme qu'il aime, le peintre perdra la raison. Dans la cellule dans laquelle il vivra désormais reclus, il tracera sur tous les murs le profil de la chouette, animal symbole de la femme qui l'a anéanti. Articulé en trois parties symétriques, «La Favilla», «La Vampa», «La Cenere», le film réalisé par Pastrone sous le pseudonyme de Piero Fosco, est certainement l'un des premiers exemples de construction formalisée du texte et de la narration, réunis autour de l'histoire d'amour fulgurante entre une poétesse affirmée et un jeune peintre. Le film, incontestablement inspiré par D'Annunzio (et qui reprend le titre d'un de ses romans) constitue l'expérience de rigueur linguistique majeure de Pastrone et tisse toute une série d'interactions symboliques entre le développement narratif et l'horizon visuel.
Avec une grande attention portée à la composition de l'image, Pastrone élabore d'une part une scénographie à la fois décorative et fonctionnelle à la construction de la tension narrative, et d'autre part valorise la diva Pina Menichelli, parfois femme-chouette, parfois femme-serpent, dessinant un personnage de femme fatale, de dark lady qui conquiert puis détruit sa propre proie.
Plus clairement qu'ailleurs, dans «Il Fuoco», Pastrone démontre une logique de la mise en scène pleinement consciente des exigences d'organisation du set et du développement narratif, mais aussi et surtout de la nécessité de structurer dans une forme visuo-dynamique l'échelle des plans et le mouvement des acteurs, la durée des cadrages et le montage. Le Musée National du Cinéma a lancé un programme de récupération, de restauration et de coloration des films muets italiens avec une attention particulière dédiée à la grande époque du cinéma turinois. Le travail sur «Il Fuoco» a été réalisé sur la base de la documentation des cahiers de production et du visa de censure du film, ainsi que des morceaux de positif avec des indications de couleur et de matériel nitraté coloré de production Itala, conservés auprès du musée.



